Peut-on concilier liberté religieuse et liberté d'expression ? 15/1/10

America.gov a posé la question suivante à cinq experts, dont la présidente d'ING, Maha Elgenaidi : est-il possible de protéger la liberté religieuse sans limiter la liberté d'expression ?

Voici ce que Maha a déclaré :

La liberté d'expression doit être mise en balance avec les droits d'autrui.

Le premier amendement de la Constitution stipule : « Le Congrès ne fera aucune loi concernant l’établissement d’une religion, ni n’en interdisant le libre exercice ; ni ne restreignant la liberté d’expression… », liant ainsi ces deux concepts fondamentaux dans la conscience citoyenne et distinguant à bien des égards les États-Unis des autres nations. Ces deux libertés ont été mises à l’épreuve au cours de la courte histoire des États-Unis, mais elles ont toutes deux prévalu sur le long terme, reflétant la conviction sous-jacente que limiter l’une ou l’autre serait plus préjudiciable que les éventuelles difficultés liées à leur application.

La question se pose alors : existe-t-il une circonstance qui justifierait de restreindre la liberté d'expression pour garantir la liberté religieuse ?

On constate que même au sein de la Constitution, des limites existent afin d'équilibrer le droit à la liberté d'expression et les droits d'autrui, notamment en ce qui concerne « les propos obscènes, blasphématoires, diffamatoires, injurieux ou incitant à la violence – ceux qui, par leur simple énonciation, causent un préjudice ou sont susceptibles de provoquer un trouble immédiat à l'ordre public » (Chaplinsky c. New Hampshire (1942)). Par exemple, la Cour suprême des États-Unis a statué que les États peuvent constitutionnellement interdire des actes tels que les croix enflammées, qui, selon certains, relèvent de la liberté d'expression.

On peut citer des exemples où la liberté d'expression sans entrave a permis la propagation d'idées toxiques, avec des conséquences effroyables. L'exemple le plus notoire est sans doute celui de l'Allemagne nazie, qui a largement eu recours aux discours de haine et à une propagande virulente. Même aux États-Unis, nous avons constaté l'impact de la haine anti-japonaise sur notre territoire pendant la Seconde Guerre mondiale. Les atteintes à l'humanité ne sont pas des actes isolés ; elles sont souvent précédées d'un programme de haine lent et insidieux, propagé par la parole ou l'écrit.

Aujourd'hui, à la lumière des événements récents aux États-Unis et des conflits en cours en Irak et en Afghanistan, le climat politique expose un nouveau groupe de personnes à des risques : les musulmans d'Occident, victimes depuis le 11 septembre d'une discrimination, d'un harcèlement et de crimes haineux accrus. Après les attentats tragiques de Fort Hood et la tentative d'attentat à la bombe contre un avion le jour de Noël, les cas de vandalisme de mosquées, de crimes haineux et autres incidents ont explosé. Dans ce contexte, la liberté de dénigrer la religion d'autrui n'est plus une simple question juridique, mais revêt d'autres dimensions. Il a été constaté que la dénigration et la déshumanisation du groupe ciblé constituent un précurseur important du génocide, préparant ainsi le public à la suspension de ses droits.

Alors que l'Administration américaine de la sécurité des transports (TSA) met en œuvre des mesures considérées par certains comme du profilage ethnique dans les aéroports, il n'est pas difficile d'imaginer une restriction des libertés civiles et une augmentation des crimes haineux et autres incidents contre les musulmans.

Dès lors, la question se pose : sommes-nous prêts à risquer de nuire à autrui pour une interprétation absolue d’un principe fondamental ? Il n’existe pas de réponse simple, mais il est important de noter que, même en vertu de la Constitution, le droit à la liberté d’expression n’est pas absolu et doit être mis en balance avec les droits d’autrui et l’intérêt général.

Dans un esprit de changement positif, nous exhortons les personnes de toutes confessions et de tous horizons à considérer cette question non pas comme une raison de nous diviser, mais comme une opportunité de dialogue, de compréhension et de construction de ponts.